Tout a commencé par une invasion, sur les murs de la ville, d'autocollants bordés de noir qui disaient : "Un peuple qui se laisse racketer est un peuple sans dignité". Aujourd'hui, quatre ans après le début de cette
campagne originale et inventive contre la Mafia, vient de naître au c½ur de Palerme le premier "Punto pizzo-free", un magasin qui ne vend que des produits de commerçants ayant décidé de se rebeller publiquement contre le racket en adhérant au comité Addiopizzo (Adieu racket) à l'origine de ces autocollants.
Des jeunes effarés par les statistiques du tribunal de Palerme, selon lesquelles 80 % des commerçants payent les racketteurs, ont retroussé leurs manches et créé une association qui aide les chefs d'entreprise et les commerçants à se battre contre le chantage des mafieux. Afin que les habitants de la ville sachent où acheter sans alimenter les organisations criminelles, Addiopizzo a dressé et publié une "liste de consommation critique" contenant 241 noms de chefs d'entreprise et de commerçants qui refusent le racket. 30 de ces chefs d'entreprise et commerçants ont décidé de regrouper leurs produits "certifiés Addiopizzo" dans un "supermarché de la légalité" qui sera inauguré samedi 8 mars, au c½ur de Palerme, sur le cours Vittorio Emanuele.
La création de ce petit supermarché pizzo-free est le fruit de l'engagement d'un commerçant palermitain, Fabio Messina, 29 ans. Avec son bar à vins, il a décidé de faire un nouveau pas en avant et de donner un coup de main à ses collègues : "Je crois que le moment est venu de créer un mouvement économique parce qu'il est juste de donner plus de visibilité à ces commerçants qui refusent le racket. Et c'est plus facile pour les consommateurs : plus besoin de faire tout un circuit, ils peuvent acheter tout ce dont ils ont besoin en un seul point de vente". Le projet de Fabio Messina est ambitieux : "Faire de la marque Punto pizzo-free une franchise exportée dans toute l'Italie, et créer de nombreux points de vente". Dans la boutique, on trouve des objets en bois et en céramique créés par de jeunes artistes, des copolle, ces fameuses casquettes traditionelles siciliennes revisitées dans des tissus et des couleurs nouveaux, des objets artisanaux, et naturellement les produits bio des coopératives qui gèrent les terrains confisqués à la Mafia.
Si le choix d'installer ce premier magasin au c½ur du vieux Palerme est symbolique, c'est aussi un choix d'efficacité commerciale : la grande majorité des 9 000 acheteurs réguliers de produits pizzo-free font leurs courses dans le centre-ville. Forts des succès remportés pendant ces quatre années d'activité, le groupement des patrons antimafia lance son défi : combattre la criminalité par le bas, à partir des choix quotidiens, pour se débarrasser d'un système profondément enraciné. Selon eux, acheter dans certains magasins plutôt que d'autres fait partie de ces nouveaux comportements citoyens.
Belle initiative mais sera t'elle suffisante pour terrasser Cosa Nostra ? Le futur nous le dira.