Article paru dans la presse italienne sur Messina Denaro (4/02/08).

Article paru dans la presse italienne sur Messina Denaro (4/02/08).
"Diabolik, Un Nome Macchiato Dall'impronta Della Mafia (Diabolik, un nom tâché par l'empreinte de la mafia).

Qui est Diabolik? Qui est le vrai roi de la terreur?

Dans cet article, nous ne parlons pas du personnage très célèbre de BD créé en 1962 par Angela Giussani et Luciana Giussani, mais d'un vrai spécialiste du crime : Matteo Messina Denaro.

Il est l'un des personnages les plus recherchés d'Italie et il est le boss des boss de Cosa Nostra, un mal qui sera extirpé très difficilement de notre pays. Il est fastidieux d'apprendre que le nom de cet homme, auteur de plus de 50 meurtres, est apparenté à celui de "Diabolik". Il est surnommé ainsi à cause de sa passion effrénée pour le personnage (il a même fait adapter des mitraillettes à l'avant de sa voiture comme dans la BD), ainsi qu'à cause de la violence, la brutalité, la cruauté...dont il a fait preuve et continue d'ailleurs de démontrer de nos jours..."


# Posté le vendredi 08 février 2008 10:28

News du 8/02/08 : Palermitains et New-Yorkais décapités...

News du 8/02/08 : Palermitains et New-Yorkais décapités...
A Palerme, depuis la très sanglante guerre de mafia du début des années 80, on les appelait «les fugitifs». Pourchassés par les sicaires des Corleonais, traqués par les hommes de main de Toto Riina, nombre de parrains palermitains avaient ainsi préféré abandonner la Sicile pour chercher refuge chez leurs cousins d'outre-Atlantique. Les polices italiennes et américaines viennent de rouvrir l'album de famille.

Jeudi, au cours d'une vaste opération baptisée «Old Bridge», 90 mandats d'arrêt ont été émis en Sicile et à New York mettant en lumière le retour des «perdants» dans le jeu de la criminalité organisée et la reprise des affaires transatlantiques comme au bon vieux temps de la famille Gambino et de la Pizza connection, le grand trafic d'héroïne des années 70.

Parmi les personnes interpellées figurent quelques vieilles connaissances des services de police. Agé de 82 ans, Filippo Casamento a par exemple été arrêté à l'aube dans sa maison de Staten Island, à New York. «Putain, comme je suis élégant», a-t-il lâché, les menottes aux poignets. Objet d'un mandat d'expulsion des Etats-Unis, il vivait illégalement à New York après avoir été accusé du meurtre, en 1982, du boss sicilien Pietro Inzerillo, retrouvé criblé de balles dans le coffre d'une voiture, dans le New Jersey.

Mais surtout, les enquêteurs ont mis la main sur la nouvelle génération des grandes dynasties mafieuses italo-américaines qui, à la suite des grandes vagues d'arrestation des dernières années, tentait d'oublier les conflits du passé et de renouer des liens, en particulier dans le trafic des stupéfiants.

Au c½ur de la nouvelle organisation : Frank «Boy» Cali, 43 ans, homme d'honneur du clan new-yorkais Gambino, marié à la petite-fille de Pietro Inzerillo. Jeune parrain de Brooklyn, c'est lui qui depuis quelques années gérait une bonne partie des affaires de la Cosa Nostra américaine. Il a été appréhendé à l'aube, au domicile de sa maîtresse. Giovanni Inzerillo a lui été cueilli à Palerme. Agé de 36 ans, il est le neveu de Pietro et le fils de Salvatore Inzerillo, le grand parrain palermitain dont l'exécution en 1981 par les Corleonais de Toto Riina avait déclenché le signal d'un changement de règne au sein de Cosa Nostra. A partir de cette date, les traditionnels clans de la capitale sicilienne furent décimés. Les «ruraux» de Corleone prirent sauvagement d'assaut Palerme et toute la Sicile. Un millier de morts plus tard, une sorte de trêve fut acceptée par Toto Riina et ses acolytes : les survivants furent autorisés à fuir aux Etats-Unis à condition de ne jamais revenir dans l'île.

Pendant près de vingt ans, ce pacte sera respecté. Mais les coups portés par la justice italienne contre les Corleonais ont entraîné la redistribution des cartes. Toto Riina a notamment été arrêté en 1993, Bernardo Provenzano, son successeur, en 2006. Les Corleonais ont ainsi perdu beaucoup de pouvoir et autant de trafics. Les vaincus de la guerre de la mafia, dont Giovanni Inzerillo, ont pu commencer à remettre pied en Italie. «La mafia sicilienne tente, à travers un dialogue renforcé avec celle de New York, de remettre sur pied un marché de la drogue qui est beaucoup plus lucratif que le racket», a expliqué Francesco Messineo, procureur général de Palerme. En clair, depuis environ quatre ans une partie de la Pieuvre sicilienne aurait signé la paix avec les fils des «fugitifs» pour récupérer le trafic des stupéfiants qui lui a échappé.

Au sein de la mafia, cette stratégie visant à autoriser le retour des «Américains» n'était pas unanimement partagée, ce qui faisait craindre aux enquêteurs une reprise des règlements de compte. L'opération «Old Bridge» a permis de décapiter cette nouvelle alliance. «C'est le début de la fin» de la mafia se réjouit l'ecrivain Andrea Camilleri. "Le Parrain et Les Soprano ne sont pas qu'une fiction cinématographique", minimise le numéro deux du FBI, John Pistole, "Cosa Nostra est encore bien vivante et représente une vraie menace en particulier à New York."

Cette opération de police a donc fortement affaibli le clan palermitain (partisans de Lo Piccolo) en Sicile ainsi que "les fugitifs" palermitains aux USA... Les Corléonais (partisans de Toto Riina et ses acolytes dont Messina Denaro) sont relativement épargnés par ces affaires.
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# Posté le samedi 09 février 2008 04:01

Modifié le samedi 09 février 2008 07:34

News du 11/02/08.

News du 11/02/08.
Le tribunal de Palerme en Sicile a infligé lundi plus de 400 ans de prison à 38 mafieux, dont la majorité étaient des proches de Bernardo Provenzano, l'ancien chef suprême de Cosa Nostra arrêté en 2006.

La plupart des condamnés avaient été arrêtés en juin 2006 dans la foulée de l'arrestation du boss Provenzano le 11 avril 2006. L'opération, baptisée "Gotha", avait alors visé 52 personnes dont "les dirigeants de 13 familles mafieuses de Sicile", selon les termes du procureur national antimafia Piero Grasso. Le juge Piergiorgio Morosini a condamné lundi 38 personnes, notamment pour association mafieuse et extorsion, à des peines dépassant les 400 ans de prison ferme, dont 20 ans de réclusion à Antonino Rotolo, responsable du clan Pagliarelli, et autant à Franco Bonura, chef de la "famille" Uditore. Les accusés avaient opté pour la procédure abrégée qui permet à ceux qui reconnaissent leur culpabilité d'obtenir des peines inférieures à celles encourue avec la procédure normale.

# Posté le lundi 11 février 2008 11:06

La mort de Cosa Nostra est inéluctable ?

La mort de Cosa Nostra est inéluctable ?
Les arrestations effectuées par les forces de police italiennes et américaines de part et d'autre de l'Atlantique (81 personnes appartenant aux clans mafieux Inzerillo et Gambino ont été interpellées jeudi 7 février) marquent le «début de la fin» pour la mafia, estime l'écrivain sicilien Andrea Camilleri dans le quotidien La Stampa. Ce coup de filet sans comparaison au cours des vingt dernières années «frappe pour au moins deux raisons».

«Il est ainsi démontré de façon non équivoque que les liens étroits entre la mafia sicilienne et l'américaine, dont on a longtemps pensé qu'ils étaient rompus, n'ont en réalité jamais cessé d'exister. Ils faisaient tout au plus partie de cette politique d'immersion, de navigation à hauteur de périscope, créée et voulue» par l'ancien parrain Bernardo Provenzano, arrêté en 2006. «Une action conjointe d'une telle ampleur de la part des forces de l'ordre est une nouveauté absolue, jusqu'ici inimaginable.»

Ce qui frappe également, selon Andrea Camilleri, c'est «le nombre important d'arrestations de mafieux, à commencer par le chef Salvatore Lo Piccolo, effectuées en Sicile en l'espace de quelques mois. Je suis sûr qu'un bon coup de pouce à ces arrestations a été donné par cette sorte de révolte civile promue par la Confindustria sicilienne [équivalent du MEDEF], qui a mis à l'ordre du jour l'exclusion des adhérents qui acceptent de se soumettre au racket» de Cosa Nostra.

«Certes, avant la Confindustria, il y a eu et il y a toujours des organisations antiracket courageuses, mais la prise de position ferme des entrepreneurs siciliens a eu un impact bien plus important. À cela il faut ajouter l'action entreprise au quotidien par certains maires, afin de combattre à visage découvert la mafia dans leurs villages respectifs. Giovanni Falcone, le juge antimafia assassiné avec son escorte en 1992, avait dit un jour qu'étant donné que la mafia est constituée de personnes elle était destinée à finir un jour, comme tout ce qui est humain. Peut-être que les événements de ces derniers jours commencent à marquer le début de la fin. Une agonie qui sera longue et pleine d'embûches, mais je souhaite que le processus soit désormais irréversible.»

Pour moi, il est évident que la lutte anti-mafia marque un point énorme mais la Pieuvre est extrémement difficile à éradiquer, en témoigne toutes les opérations anti-mafia, certes fructueuses, mais qui n'ont pas tué Cosa Nostra (de nombreux clans sont encore présents, et de gros mafiosi sont encore en liberté chez Cosa Nostra)...

# Posté le lundi 11 février 2008 13:12

Pour bien comprendre...

Pour bien comprendre...
Les mafias sont toutes des organisations criminelles mais toutes les organisations criminelles ne sont pas des mafias. Evident pour les spécialistes, ce constat ne l'est pas pour le grand public, alors que le mot mafia s'emploie à tort et à travers, aussi bien pour des affaires de corruption que pour le grand banditisme. Au risque de masquer ce que Cosa Nostra, la mafia sicilienne, ses cousines de Calabre ('Ndrangheta) ou de Campanie (Camorra) ainsi que d'autres organisations tels les triades chinoises ou les yakuza japonais, ont de particulier.

«L'association prime sur l'individu mafieux qui y fait allégeance et les frontières de la mafia sont clairement délimitées par la frontière du rite d'initiation», souligne Clotilde Champeyrache, spécialiste de l'économie criminelle qui, dans un livre dense, mêlant sociologie, économie et histoire, montre la spécifité du phénomène mafieux, y compris sur le terrain de l'imaginaire pour ses affidés, comme dans la société qui lui sert de terreau. Cosa Nostra en est l'archétype.

Impôt obligatoire : le pouvoir de la mafia se définit d'abord par le contrôle du territoire. Chaque «famille» a le sien où elle règne en maître absolu. Même quand elle engrange des milliards par le trafic de drogue ou de déchets toxiques, même quand elle infiltre l'économie légale ou truste les appels d'offres, il est essentiel pour une «famille» de faire payer le pizzo - l'impôt mafieux - à tous, sans exception. Elle montre ainsi sa toute puissance. «La famille mafieuse n'a pas seulement un territoire, elle est ce territoire et elle veut y exercer une pleine souverainté», notait le juge sicilien Paolo Borsellino, l'alter ego de Giovanni Falcone, comme lui assassiné. Souvent cités dans ce livre, ces deux magistrats piliers du pôle antimafia de Palerme furent les premiers - grâce notamment aux témoignages de grands «repentis» - à démontrer que Cosa Nostra est une organisation pyramidale et bien structurée.

«Aucun territoire passé sous contrôle mafieux n'a encore été jusqu'ici pleinement reconquis par l'Etat de droit», constate Clotilde Champeyrache. Les grands succès des forces de l'ordre, ces dernières années, ont mis Cosa Nostra sur la défensive. Mais son pouvoir demeure enraciné. Et les parrains restent sur leur territoire. «Presenza è potenza» (la présence est puissance), dit le dicton.

Riche à millions, imprenable pendant plus de quarante ans, Bernardo Provenzano, le grand chef des Corléonais - le clan qui régnait sur Cosa Nostra depuis trois décennies - a ainsi été arrêté en avril 2006, dans une bergerie à quelques centaines de mètres de son village. Il dormait sur un simple lit de camp, se nourrissait de ricotta et de chicorée.

Vieux rituels : «Provenzano, en vivant aussi simplement, donnait l'exemple du sacrifice, un geste emblématique pour un dirigeant mafieux, si l'on pense au nombre de parrains détenus vivant de façon encore plus spartiate», souligne John Dickie, historien et journaliste britannique, à la fin de sa riche histoire de la mafia sicilienne. Elle reste,et de loin, la meilleure synthèse sur Cosa Nostra disponible. Celui que l'on appelait U Trattoru («le tracteur») était le dernier représentant d'un certain type de padrino. Il gérait l'organisation et communiquait au travers de pizzini, des petits messages manuscrits qui se terminaient toujours par une petite phrase sur Dieu. Des centaines d'entre eux ont été saisis dans sa cache. Analysés par Salvo Palazzolo, journaliste au quotidien la Repubblica et par le juge Michele Prestipino, ils racontent le fonctionnement de Cosa Nostra au quotidien, dans un livre passionnant, malheureusement non encore traduit en français. On y voit une mafia où coexistent les vieux rituels et des pratiques beaucoup plus sanguinaires.

Dans son premier siècle d'existence, entre 1860 et 1960, la mafia sicilienne n'avait tué en tout et pour tout que deux figures de l'ordre établi. Les Corléonais se lancèrent dans une guerre frontale contre les représentants de l'Etat et la perdirent. La mafia depuis fait à nouveau profil bas mais elle n'en est que plus redoutable.
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# Posté le samedi 16 février 2008 07:12